Rédacteurs : Président de la SFC : D. SERFATY (France). Vice-Présidents de la SFC : J. ABBOUD (Liban), KANE AMADOU RACINE (Mauritanie),J. BITZER (Suisse), M. BOUZEKRINI (Algérie),M. BRINCAT (Malte), H. CHELLI (Tunisie),B-T. BONANE (Burkina-Faso), U. GASPARD (Belgique),B. GUIFO TAGNE (Cameroun), E. GUILBERT (Canada),N-D. HINH (Vitenam), Y. HYJAZI (Guinée),J-C. MOREAU (Sénégal),M. NAYAMA (Niger), N. OGOWET IGUMU (Gabon),R-X. PERRIN (Bénin), M. TRAORE (Mali), C. WELFFENS-EKRA (Côte d'Ivoire),M. YACOUBI (Maroc). Secrétaire Générale de la SFC : N.HOMASSON (France). Trésorier de la SFC : R. DREYFUS (France).

e-journal de contraception

de la Société Francophone de Contraception

N°3

Prophylaxie de l'infection VIH par le TRUVADA® par voie orale :
une nouvelle stratégie ?
David SERFATY


En attendant le vaccin anti-VIH et en dehors du préservatif, la prévention de l'infection VIH a bénéficié ces dernières années de stratégies biomédicales innovantes parmi lesquelles la circoncision masculine et, à titre de recherche, l'utilisation de certains antirétroviraux (ARV) tel que le ténofovir en gel vaginal [1].

Plusieurs essais cliniques évaluant l'efficacité d'inhibiteurs de la transcriptase inverse du VIH : le ténofovir disoproxil fumarate (TDF) seul ou, surtout, en association avec l'embtricitabine (FTC) (=TRUVADA®) (=TDF+FTC)) sont actuellement en cours d'évaluation chez les sujets à haut risque VIH [2].

Parmi ces études (de phase II ou III), l'étude iPrEx (preexposure prophylaxis initiative) (phase II, 6 pays : Brésil, Equateur, Pérou,, Afrique du Sud, Thaïlande, Etats-Unis), en cours de publication, a démontré que le Truvada® par voie orale administré quotidiennement à 2499 sujets à haut risque d'infection VIH (hommes homosexuels ou bisexuels, femmes transsexuelles) réduit le risque d'acquisition du VIH de 43% à 68% selon la compliance au traitement. Le Truvada® a, par ailleurs, été bien toléré [3, 4].

L'iPrEx entre dans le cadre du nouveau concept : le PrEP (Preexposure prophylaxis) (PrEP) (prophylaxie préalable à l'exposition chez les personnes VIH-négatives a haut risque).

En dehors du Truvada® d'autres ARV (oraux) en prévention de l'infection VIH sont déjà en cours d'évaluation : on peut citer par exemple le maraviroc (doué d'une forte pénétration dans le fluide cervico-vaginal et les tissus vaginaux) et le TMS 278, un NNRTI (inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse) de longue durée.

D'autre part une PrEP intermittente et non quotidienne semble également une stratégie attractive en particulier pour les sujets qui ne sont exposés à des rencontres à haut risque qu'exceptionnellement évitant ainsi une lassitude potentielle vis-à-vis de cette prophylaxie quotidienne et une éventuelle toxicité systémique. Cette prophylaxie intermittente est actuellement en cours d'évaluation au Kenya ou en Ouganda : Truvada®, 2 fois par semaine et en fonction de l'activité sexuelle.


COMMENTAIRES
:


En dehors du préservatif masculin ou féminin, il n'y a actuellement que deux stratégies biologiques pour une prévention de l'infection VIH au moment de l'exposition (en particulier sexuelle) : une modification de la défense de l'hôte (tel qu'un vaccin anti-VIH stimulant les anticorps neutralisant le VIH, en cours d'étude) et/ou l'utilisation d'antirétroviraux saturant les cellules réceptives au VIH et leur réplication.

L'intérêt d'une prévention orale du VIH par les ARV chez les sujets à haut risque est naturellement immense.

Selon des modèles mathématiques, on estime qu'au cours des 10 prochaines années, un programme PrEP efficace pourrait éviter 2,7 à 3,2 millions nouveaux cas d'infection VIH en Afrique Sub-saharienne [3].

Cette chimioprohylaxie est particulièrement précieuse chez les sujets VIH négatifs à haut risque n'arrivant pas à négocier l'utilisation du préservatif avec leurs partenaires.

En date de Février 2011, neuf études consacrées à la PrEP orale enrollant plus de 22 000 participants sont à différents stades d'avancement. Les populations à risque concernées par ces études sont des hommes et des femmes hétérosexuels, des hommes homosexuels et des toxicomanes par voie intraveineuse. Toutes ces études utilisent des produits contenant du ténofovir seul ou en combinaison avec l'embtricitabine (Truvada®) par voie orale utilisé soit quotidiennement soit d'une manière intermittente.

Attendons le résultat de ces études avant d'intégrer cette chimioprophylaxie orale anti VIH par les ARV dans notre prise en charge de la prévention du VIH qui doit faire intégralement partie de nos consultations de contraception. Cette chimioprophylaxie du VIH par les ARV oraux est pour le moment seulement un espoir mais ce ne semble plus être une utopie. Puisque l'Antiviral Drugs Advisory Committee de la FDA (Etats-Unis) a émis en Mai 2012 un vote favorable pour l'utilisation quotidienne du Truvada® par voie orale (en association avec le préservatif) en prévention du VIH chez les hommes homosexuels, les personnes vivant en couple discordant et les autres sujets à risque d'acquisition du VIH du fait de leur activité sexuelle [5].